L’éthique d’un photographe

publié par Patrick le 23 sept, 2008, sous Divers
23 sept

Pour plusieurs (incluant moi-même), être, ou vouloir être un photographe est synonyme d’un certain désir d’implication sociale. Le désir d’exprimer nos opinions à travers nos objectifs fait souvent partie de nos motivations.

© Jill Greenberg pour Atlantic Magazine

© Jill Greenberg pour Atlantic Magazine

Je crois qu’il est important de donner une certaine liberté d’expression ou de démarche artistique aux photographes, qui après tout sont souvent les témoins d’un monde qui peut être inaccessible.

Ceci étant dit, je crois qu’un photographe se doit d’avoir une certaine étiquette. Critiquer un autre photographe ou journaliste peut être une affaire délicate, souvent une pente glissante, mais je ne peux m’en empêcher dans ce cas particulier.

Jill Greenberg, originaire de Montréal, a étudié aux États-Unis et est présentement basée principalement à Los Angeles. Portraitiste assez reconnue, ses images ont un style bien à elle.

Le magazine Atlantic l’a récemment engagée pour produire une série d’images de John McCain, candidat républicain à la prochaine présidentielle américaine. Jill, une fervente démocrate, a accepté l’assignation et, fidèle à son talent, fait une très belle photo pour la couverture. La controverse arrive quand une fois les portraits plus ‘officiels’ terminés, Jill demande à John McCain de poser dans une autre installation d’éclairage dans le studio. John et ses assistants ne réalisent pas que ce nouvel arrangement, contrairement au premier qui vise à produire une belle image lissée et glorieuse, est cette fois-ci pensé de manière à donner un air ridiculement démoniaque au sujet.

Selon ses propres dires, Jill s’en donne à cœur joie, produisant plusieurs clichés donnant un air toujours plus loufoque à John qui ne se rend pas compte que de toutes les têtes de flash devant lui, seulement celle à ses pieds déclenche photo après photo.

Elle ira ensuite publier sur son site web non seulement la couverture du magazine Atlantic, travail pour lequel elle avait été engagée et payée, mais les photos du deuxième éclairage, certaines avec des retouches de mauvais goût.

Portrait de John McCain © Jill Greenberg

© Jill Greenberg

Questionnée sur ses motivations et sur le fait qu’elle prenait avantage d’une assignation (et d’un client) Jill répond tout simplement ‘Ce n’était pas très responsable de leur part (Atlantic) de me choisir pour ce sujet’ et sur le fait qu’elle prenait avantage du sujet ‘M. McCain et ses assistants n’ont jamais remarqué l’éclairage ou essayé d’interrompre la session, il faut croire qu’ils ne sont pas très sophistiqués’.

Tirez-en les conclusions que vous voudrez. Pour ma part, je trouve son attitude un peu élitiste. On ne parle pas de prendre sa revanche sur le voisin qui fait faire son chien sur notre gazon tous les dimanches matins, on parle d’une figure publique. C’est bien beau être un artiste, mais quand une publication nous engage (et nous fait confiance) pour faire un portrait, je pense que notre art et nos opinions politiques ne peuvent qu’aller une certaine distance.

Je ne poserais que cette question à Jill … ‘Comment se sent-on après avoir accepté de l’argent pour produire une photo glorieuse et vendeuse de John McCain, leader du partie et d’une cause que tu détestes?’ … malgré mes opinions sur lui et ses potes, je ne peux que m’imaginer John McCain jouant le rôle de M.Pignon dans Un Dîner de Con … voilà.

Je suis peut-être naïf mais la bonne réaction n’aurait-elle pas été de ne pas accepter l’assignation et d’ensuite publier un article sur les responsabilités sociales (qu’elle vraisemblablement se donne) d’un photographe et de s’assurer que ses photos ne seront pas utilisées dans un sens contraire à ses convictions ?

Mise à jour … Depuis la publication de cet article, Jill à retirer les images de son site web.

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