Droits et photographie de rue

publié par Patrick le 05 août, 2011, sous Images à voir, Opinions, Texte à lire, Vidéo à voir
05 août

Il existe plusieurs débats vis-à-vis la photographie, « le photojournalisme est en crise », « le noir & blanc », « cette photo de Doisneau était un montage … », etc. Parmi tous ces débats plus ou moins perpétuels, celui voulant que la pratique de la photographie de rue ne soit possible aujourd’hui, une situation attribuable aux lois en place, ne semble pas vouloir laisser sa place.

 

© Patrick Alonso

© Patrick Alonso

La perception des droits et lois qui entourent la photographie de rue est la plupart du temps flouée par des mythes et demi vérités propagées autant par les photographes que ceux qui désire freiner leurs ardeurs.

Pour mes fins, je m’intéresse aujourd’hui uniquement aux photographes. Je n’aime pas parler de « règles », je dis à chacun sa démarche, dans cette veine ne voyez pas ce qui suit comme des règles, simplement comme quelques suggestions et observations que vous pouvez adapter à vos besoins.

Le respect, l’attitude, les motivations, vos droits et ceux d’autrui sont tous à considérer lorsque vous vous apprêtez à vous introduire subitement dans la vie d’un inconnu sur la rue. Que ce soit à distance, ou de prêt, une fois le contact visuel établi avec votre sujet, c’est un peu comme si vous lui disiez « allo », mais, perçu par beaucoup de manière beaucoup plus intrusive. Avoir ses raisons, autres que « c’est mon droit! », si discussion s’en suit avec ledit sujet aidera sans doute à rendre l’expérience positive, pour vous et la personne photographiée.

Prenez exemple sur Bruce Gilden et son approche « ultraintrusive », quand confronté, armé de ses motivations (sans compter son attitude new-yorkaise), sans doute source de longues réflexions, il sait désarmer la situation. La vidéo qui suit démontre son approche à la résolution de conflit (vers la 7e minute).

 

Bruce Gilden « Head On », presented by British Journal of Photography par Olivier Laurent sur Vimeo.

Si vous croyez mordicus au vieil adage « rapprochez vous! », en ce qui concerne votre pratique photographique, et que vous le pratiquez dans la rue, pourquoi ne pas le faire avec un peu de civilité? Il m’arrive souvent d’être témoin de photographes sans trop de scrupules qui, agissant comme des voleurs (violeurs) de clichés, s’insurgent au moindre questionnement par rapport à leurs approches, comme si l’on remettait en question leurs raisons d’être. Cette attitude en est pour beaucoup dans la perception négative que certaines personnes maintiennent envers les photographes de rue.

En ce qui concerne les droits, il y en a certes quelques-uns à considérer. Le droit à l’image et le droit à la vie privée entre autres. Le premier traite du droit d’un individu par rapport à la diffusion de son image. Le deuxième défini ce qui constitue la vie privée, à priori celui-ci prend fin lorsque vous mettez les pieds dans la collectivité, la rue, parc et autres endroits publics, vous la retrouverez par contre à l’intérieur de restaurants, tavernes et tout autre commerce.

 

© Jean-François Hamelin

© Jean-François Hamelin

Au Québec, il est possible de photographier un inconnu dans la rue en toute légalité, c’est plutôt ce que vous ferez avec l’image par la suite, comment vous la diffuserez qui comporte des questions légales, principalement en ce qui a trait au droit à l’image. Référez-vous au cas « Aubry c. Vice-Versa » aussi connu sous le nom de « L’Affaire Duclos ». Un autre cas intéressant est celui de Philip-Lorca diCorcia qui, contrairement à Duclos, a remporté sa cause contre l’un de ses sujets parce que dans son cas, les juges ont statué que son travail était de l’art et ne pouvait être censuré selon le premier amendement de la constitution américaine.

Si vous comptez vendre vos images ou les publier dans un contexte artistique, vous seriez bien avisé de connaitre ces précédents ainsi que de consulter un avocat dans le cas où vous n’auriez pas l’autorisation (écrites) de vos sujets.

Quoiqu’une approbation verbale n’est aucune portée légale, avoir pris le temps de discuter de manière franche et calme avec tout individu qui vous interpelle pourrait grandement simplifier votre vie dans l’éventualité où vous publieriez sa photo.

Pour en revenir aux deux droits cités ci-haut, pour le moment, au Québec, ils ne sont applicables qu’aux individus et non à la propriété privée. En d’autres mots, vous pouvez, en toute légalité, photographier une propriété privée pourvu que vous soyez vous-mêmes sur la voix publique, et ce même si un gardien de sécurité insiste sur le contraire. Si vous avez vécu les mêmes expériences que moi, beaucoup l’auront fait, souvent de manière menaçante. Il est important de se rappeler dans ces cas que ces gens représentent la corporation qui n’a aucune autorité légale sur votre personne. Vous êtes dans vos droits.

 

© Patrick Alonso

© Patrick Alonso

Sur ce point en particulier le « London Street Photography Festival » a produit une courte vidéo que vous pouvez voir ici-bas … les lois étant similaires au Royaume-Uni, on voit comment certains photographes se font accoster par la sécurité privée. Notez leurs réactions calmes et désarmantes, à parier qu’elles aident beaucoup aux bonnes conclusions que nous voyons.

En terminant, et pardonner moi si je paraphrase quelque peu sur mes idées précédentes, je crois qu’avant tout le meilleur indicatif de succès pour la photographie de rue réside dans les motivations et l’honnêteté de l’approche du photographe. Questionnez-vous sur les raisons pour lesquelles vous aimez cette pratique, examinez votre approche et placez-vous dans les souliers de vos sujets, seriez-vous confortables de vous faire photographier de cette manière par un inconnu dans la rue?

« Agissez envers les autres avec les mêmes considérations que vous voudriez qu’on tienne envers vous » est un autre vieil adage, mais l’un qui devrait être la maxime d’usage de tout bon photographe de rue.

commentaire

Petite precision que certains voudront surement verifier auprès d’un avocat. Au Quebec le code civil reconnait le contrat verbal. Or donc une personne qui vous donne son consentement VERBAL pour l’utilisation de sa photo entre en contrat VERBAL avec vous. Le seul problème serait que devant le juge vous devrez prouver qu’il y a eu contrat verbal. Un enregistrement de la conversation ou un témoin assermenté confirmant que vous avez reçu un accord verbale devrait néanmoins suffire pour valider vos dires.

Jose ( Jeudi, 11 août, 2011 à 5:43 )
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