Entrevue avec Gustavo Jononovich

publié par Jean-François le 20 août, 2010, sous Entrevue, Images à voir, Opinions
20 août

Il y a quelque temps de cela, j’ai découvert le site du photographe argentin Gustavo Jononovich et son projet «Richland ».

Richland © Gustavo Jononovich

Ce que j’ai apprécié, en plus des images du photographe, est la façon dont il présente ses images. Le site et son projet « Richland » est construit de façon à ce que l’expérience de visionnement soit plus qu’un simple ou banal diaporama. Après avoir échangé quelques courriels avec Gustavo pour discuter de son site et de son travail, voici ce qui en est ressorti.

RP: Lors de ma première visite sur ton site, j’ai remarqué que la présentation de ton travail est non linéaire (et peut-être non narrative). Tu nous présentes ton travail comme si tu cherchais quelques choses et tu transposes cette impression sur le spectateur.

G: Une narration visuelle linéaire est toujours prévisible. Une histoire ou un projet photo peut-être construit comme un casse-tête où il manquerait des pièces. Dans ce cas, toutes les pièces présentées sont importantes puisqu’elles donnent une idée globale du projet, mais le spectateur va, par sa compréhension des images, le compléter par lui même et y trouver sa propre narration. C’est sur cela que j’ai voulu travailler. En fait, l’impression de recherche projetée sur le spectateur est volontaire puisque c’est mon approche du sujet et ma façon de travailler. De plus, en tant que photographe je suis dans une constante recherche stylistique, narrative, etc.

Richland © Gustavo Jononovich

Richland © Gustavo Jononovich

RP: La façon de présenter les images est un facteur déterminant dans la façon dont les gens vont recevoir et apprécier les images. Comment crois-tu que les gens vont trouver leur chemin au travers ton travail, comment crois-tu qu’ils vont l’interpréter?

G: En fait, j’espère qu’ils ne réfléchiront pas trop lorsqu’ils regarderont mon travail. Je veux tout d’abord qu’il se laisse porter par les images et ce qu’elles provoqueront comme réactions chez eux. Des pensées trop rationnelles sont souvent accompagnées de préjugé ou d’idées préconçues. Pour moi, il n’est pas primordial qu’ils comprennent littéralement tout le contenu des images et du travail, mais plutôt qu’ils le ressentent. Ce que le spectateur pensera et interprétera à partir de mes images est totalement hors de mon contrôle. C’est la même chose que de faire lire un livre à deux personne, vous aurez deux interprétations complètement différentes du même texte.

RP: La dynamique et la présentation des images sont intéressantes. Elles ne sont pas présentées dans un cadre rigide, des fois, elles apparaissent seules, des fois par paires, pas toujours au même endroit, etc. Ce type de présentation est très semblable à la maquette d’un livre. Pourquoi ce choix?

G: Depuis ses débuts, ce projet a été conçu comme et pour être publié en tant que livre (ce qui ne veut pas dire que le livre ressemblera au site web). Lorsque j’ai conçu le site web, mon intention était de donner un rythme aux images et au travail. J’ai pris la liberté de jouer avec les images dans l’espace du site. De plus, je voulais rompre avec la forme traditionnelle du site web avec ses sections: Travail, Contacte, Bio, Tearsheet, etc.  J’ai aussi voulu mettre à profit le noir qui est une composante majeure de mes images pour donner une impression de vide et « d’infini » aux images, et ce, même si, par moment, les frontières de ces dernières deviennent abstraites.

Richland © Gustavo Jononovich

Richland © Gustavo Jononovich

RP: Le multimédia (son, photo et vidéo) joue un rôle important présentement. Ton site me semble une façon dynamique et efficace, mais très simple de présenter ton travail. Que penses-tu du multimédia?

G: Pour mon site, j’ai définitivement opté pour la simplicité. On dit parfois « less is more ». (moins est plus). Ce que je n’aime pas du multimédia c’est que souvent, il est utilisé comme artifice pour donné l’impression qu’un projet est meilleur que ce qu’il est en vérité. Trop souvent, le concept de multimédia est mal exploité. Par exemple, lorsque l’on présente un diaporama, donc une suite d’images à laquelle on ne fait qu’ajouter une trame sonore…  Avec nos appareils qui font maintenant de la vidéo de qualité, les choses se mélangent et s’entrecroisent. Les frontières deviennent plus floues, mais cela ne veut pas dire que les photographes sont des cinéastes. Pour ma part je ne pense pas travailler avec le multimédia, du moins, pas pour l’instant.

Lien vers site de Gustavo Jononovich et son projet Richland

Sur une note plus générale, Gustavo à une formation d’ingénieur qu’il a laissée tombée pour la photographie. Il a travaillé comme photographe de presse pour divers médias argentins pendant deux années pour ensuite devenir pigiste. Il a délaissé la photographie de presse quotidienne pour ce concentré sur des projets plus personnels. En fait, Gustavo ne se sentait pas à laisse avec la vision des événements que projetaient les médias. Son nouveau statut de pigiste lui permet d’être plus sincère et honnête dans son travail. Antoine d’Agata, Jacob Aue Sobol et Trent Parke font parties des photographes mentionnés par Gustavo comme des sources d’influences et d’inspirations. ( J’y vois aussi  Thomas Dworzak, Paolo Pellegrin, Antonin Kratochvil, etc.)

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