Photographe, photojournalisme, photoreportage qu’impliquent ces titres?
Vous vous souvenez peut-être de Pieter Hugo, récipiendaire d’un prix World Press Photo en 2005 (premier prix portrait) pour sa série « The Hyena & Other Men ». Les portraits d’hommes noirs habillés en pseudoguerriers urbains accompagnés d’une hyène ou d’un babouin ont fait fureur.

© Pieter Hugo - The Hyena & Other Men
Le travail de Pieter Hugo en général ce concentre sur l’Afrique et prend souvent un aspect assez exotique. Si cet exotisme lui à apporter beaucoup de faveurs, l’envers de la médaille a été très cinglante à son égard. Beaucoup d’encre (virtuel) a coulé pour dénoncer son travail et son approche. Les critiques s’entendent pour dire que Pieter dépeint les Africains comme des sauvages et ne fait que perpétuer la perception souvent raciste de l’ouest envers l’Afrique.
Si vous n’avez jamais vu les portraits en question, prenez le temps de visionner la série « The Hyena & Other Men » de Pieter. Une fois sur le site, prenez le temps de regarder les séries « Nollywood » et « Looking Aside ».

© Pieter Hugo - The Hyena & Other Men
C’est à partir du blogue Conscientious de Joerg Colberg que j’ai pris connaissance de ces différents articles (cités plus bas) qui se penchent sur le travail de Pieter. Je comprends le point de vue de ces critiques, il y a une certaine responsabilité qui vient avec le titre de photographe et plus particulièrement avec le titre de photojournaliste (ayant gagné un World Press Photo, il est difficile pour Pieter de s’en dissocier). Pour moi c’est là la plus grande erreur de Pieter, les allégations veulent qu’une fois confronté à ses critiques, il se soit défendu en répondant que ses portraits représentent la pauvreté de Nigérien forcé à airé les rues comme amuseurs publics itinérants, bref qu’ils constituent un travail journalistique et documentaire.
Sans texte, il est impossible de savoir qui sont ces personnes, d’où elles proviennent et qu’elles sont leurs rôles. Pieter Hugo lui-même dit avoir placé ses sujets de manière à faire ressortir cet exotisme, il avoue aussi les avoirs payés pour leurs temps. L’approche de Pieter s’approche de celles de photographes colonisateurs du dernier siècle qui produisaient des images d’indigènes pour le divertissement d’aristocrate blancs.
D’un point de vue esthétique et hors du contexte journalistique, j’aime beaucoup la série « The Hyena & Other Men », je ne peux pas en dire autant pour toutes les séries sur son site. Je m’oppose au fait qu’il (Pieter) prétende au photojournalisme. Des images mises en scènes avec des sujets qui ont été payés pour leurs temps ne constituent pas du photojournalisme selon moi.
Est-ce que ça veut dire que le titre photojournalisme doit automatique être relégué à des photos ternes et la plupart du temps laides? Difficile de dire, je pense que non, mais où tirons-nous la ligne?
Est-ce que la démarche artistique à sa place en photojournalisme? Devrait-elle être reléguée au photoreportage et encore, est-ce responsable de faire une distinction entre photojournalisme et photoreportage quand beaucoup de gens en regardant notre travail ne pourront par eux-mêmes faire cette distinction?
Toutes ces questions sont bien vieilles, mais non moins valides et toujours pertinentes lors de la préparation d’une démarche ou d’un ouvrage à caractère social ou documentaire. Je n’offre pas beaucoup de réponse (ce n’est pas ma place ou mon but), je crois qu’en tant que photographe nous pouvons photographier, interpréter et représenter la réalité comme nous le voulons. Par contre, quand vient le temps de donner un titre à notre ouvrage et choisir dans quel contexte nous l’exposons aux autres, il faut faire gaffes de ne pas prétendre être autre chose que ce que l’on est ou avons produit. Il n’y a rien de mal à être JUSTE un photographe, pas besoin d’ajouter photojournaliste ou autre embellissement à notre nom juste parce que nous aspirons à ce type de photographie.
Quelques articles (en anglais) qui valent la peine d’être lus sur ce sujet;
(NOTES ON) POLITICS, THEORY & PHOTOGRAPHY – Africa as a Freak Show – Pieter Hugo
Amy Stein A Response To Pieter Hugo’s Photographs (écrit par Sebastian Boncy)
The Guardian, Africa as you’ve never seen it